12/29/06

Déprime urbaine


( Ce billet (que je n'ai pas écrit mais aurais aimé avoir écrit) reprend le thème de la consommation qui a été discuté récemment par Sipakv, Vola et Tomavana)

" Ah, la pression anxiogène des fin d’année ! Les vœux saturés de banalité, les cartes électroniques qui pèsent des tonnes, les vitrines surchargées de paillettes et de strass, les bilans personnels interrompues par les réclames, les résolutions ésotériques vite rattrapées par la réalité des besoins primaires.

C’est en lisant l’ouvrage « L’art de la simplicité » de Dominique Loreau que je me rends compte à quel point mon angoisse de fin d’année tient à mon statut d’urbaine : terrassée par les pièges du consumérisme, de l’inertie physique et mentale liée à la surprotection matérielle, je nourris une négativité viscérale, fille de Descartes et de la prospérité, qui me fait écrire le premier paragraphe. Deprimus Urbanus Horribilis.
Du poème de R. Kipling, mis au goût du jour par les 3 versions de ce blog (une autre variante Malgache existe), ce sont les appels à rester « digne en étant populaire, et peuple en conseillant les rois » qui m’intriguent le plus en ces circonstances festives, lorsque la magie des préparatifs plonge le budget, et avec elle, le moral des participants, dans un profond abysse.
Car enfin, quoi de plus indigne, au sens Kipling-ien du terme, que cette angoisse urbaine des fêtes de fin d’année ? Quoi de plus insultant pour ceux qui, à Noël ou l’Aïd El Kébir, à l’Epiphanie ou à Yom Kippour, n’ont pas le luxe de s’exaspérer de la pléthore de messages amicaux, des cartes de proches vivant au loin ou de crises de foie pour cause de repas un peu moins ordinaires?
Et au-delà d’une culpabilité que certains bloggeurs jugeraient de mauvais aloi, je lis surtout dans le message Loreau et de Kipling, l’injonction à « être plus, posséder moins ». Citée par Loreau, David Thoreau disait que « l’homme est riche des choses dont il peut se passer » (Walden) , et dans un même clin d’œil, l’auteure cite une actrice américaine : « dites à mes amis que je ne veux pas de cadeau qui dure plus longtemps qu’une bouteille de Taittinger ou qu’un bouquet de roses mauves. Je ne veux pas de choses, je veux des moments ».
Je me souviens alors du plaisir de mon dernier concert de Lolo sy ny Tariny au centre culturel de l’ESCA en Août 2004. La joie d’être rendue aux siens, les fou rires provoqués par notre croustillant sens de l’humour (Lolo : « Fa inona moa no hoe « cercle vicieux » amin’ny teny gasy ? Une voix dans l’audience : « Boribory vetaveta ! »), le rythme endiablé du morceau « Ilay dimbaka avy any Nazareta »…
Je me souviens plus de mes larmes d’émotion de ce soir-là que de toutes mes possessions réunies, ou encore moins du plaisir que ces dernières ont pu me procurer en tant d’années de labeur. Ce soir-là pourtant, je n’avais rien, sinon la moitié d’un ticket de concert dans une poche, je n’étais rien, qu’un corps dans une assemblée qui le dépasse, mais rarement je ne m’étais sentie aussi riche : riche de ce peuple, avec lequel je ne faisais qu’un, de cette culture qui battait dans mes tempes, de ces émotions qui trouvaient écho dans les cordes, dans les voix.
Je ne voudrais rien pour cette nouvelle année et pour toutes celles qui viennent que d’être délivrée de la possession. Pour vivre, rien de plus.
Très belle année à tous ! "

8 comments:

  1. Ais-je bien retenu ? 'Être' tout simplement, il est vain de vouloir combler tout absence par 'avoir'.

    Bonne année à toi aussi, mes meilleurs voeux de réalisation personnelle.

    P.S: tss 'boribory vetaveta' ... comme j'aurais aimé être là

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  2. Merci Tomavanana,

    Bonne annee et meilleurs voeux. Je retransmettrais a qui de droit :). Moi aussi j'aurai aime entendre cet echange tres spontane.

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  3. Beau post, belle plume! Je l'ai lu également "L'art de la simplicité"! :D

    Ils sont des plaisirs simples dans la vie, et ils ne sont pas nécessairement matériels. Perso, ça fait trois ans que j'ai réussi à me détacher de la fièvre des dépenses des fêtes dans cette société de consommation...

    "Vivre simplement pour que simplement les autres puissent vivre" (Gandhi)

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  4. >Tattum,

    Je savais bien que je l'avais deja lue chez toi, cette conviction intime que la societe de consommation sans retenue court a sa perte..
    changement mondial effectif en vue...? We'll see...

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  5. j'avais hate que ça se termine. Maintenant Zombo[bad mood, bad things and stuff] est derrière nous.
    Nouvelle année = amorce d'une nouvelle grande aventure. On est au rendez vous.
    Bonne année Rakoto Ô !

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  6. > Bonne annee, hjk !
    Pour rester sur le theme du livre de la jungle :) " always look at the bright side of life " :) Louis Prima (je pense).
    Cheers,

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  7. Lova, j'ai ce livre et je crois que j'en ai parlé un peu avec Tomavana sur MM. Je ne suis pas d'accord avec tout car faut pas exagérer non plus... mais m'aligne avec l'état d'esprit général du livre.
    Je dois avouer que j'applique plusieurs choses dans ma vie et c'est assez mal perçu par mon entourage.
    Que veux-tu il faut avoir ou non des convictions mais si oui, je pense qu'il faut les assumer jusqu'au bout.

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  8. Hello Lilia,
    C'est dommage que ton entourage percoive ton effort comme inutile. Vivre en contradiction avec ses convictions est un stress excessif. Mais pour ma part, j'ai parfois du mal a definir les limites de mes priorites.

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